Un millier de médecins venant de plus de 65 pays dans le monde sont réunis à Paris du 15 au 18 avril, pour la troisième édition du Symposium international sur les techniques et les applications de l’embolisation (Global Embolization Symposium and Technologies ou GEST). Ils sont venus s’informer des dernières techniques d’embolisation, discuter des applications de ces technologies, et présenter les résultats de leur expérience.
L’embolisation consiste à boucher des vaisseaux sanguins de façon très précise et très localisée, en déposant divers matériels dont par exemple des microbilles à l’aide d’un fin cathéter passant à l’intérieur des artères. Il est ainsi possible de prévenir ou stopper une hémorragie, d’asphyxier certains tissus en bloquant leur approvisionnement sanguin, ou de déposer des principes actifs dans une tumeur bénigne (fibrome) ou maligne (cancer). Les applications de cette nouvelle technologie, qui a pu se développer grâce aux progrès de l’imagerie, concernent de nombreuses pathologies : tumeurs bénignes ou malignes, malformations congénitales des vaisseaux, anévrismes, lésions vasculaires d’origine traumatique, hémorragies digestives, hémoptysie, hémorragies du post-partum … « Ainsi l’occlusion des artères utérines par embolisation sélective avec des microbilles entraînant la nécrose des fibromes est maintenant la méthode de référence pour le traitement des fibromes, validée par le Collège américain des gynécologues, » souligne le Pr Marc Sapoval, Chef du service de radiologie cardio-vasculaire de l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, et un des organisateurs du symposium. « Par ailleurs, l’embolisation de microimplants radioactifs dans les artères qui nourrissent les tumeurs ouvre de nouvelles perspectives de traitement des tumeurs hépatiques inopérables. Une session entière est consacrée à ces nouveaux développements ».
Les tumeurs du foie représentent une pathologie fréquente. Avec 6 000 nouveaux cas par an en France et près de 700 000 nouveaux cas par an dans le monde, le cancer primaire du foie (carcinome hépato-cellulaire) est le cinquième en terme de fréquence et le quatrième en terme de mortalité dans le monde.
De plus, les cancers hépatiques secondaires (métastases se développant secondairement dans le foie) représentent la principale cause de mortalité pour divers cancers et notamment le cancer colorectal. C’est le plus fréquent en France, tous sexes confondus, avec près de 40 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, et il se situe en deuxième place pour la mortalité, avec plus de 16 000 décès annuels. Or 25 % de ces patients présentent des métastases hépatiques au moment du diagnostic.
De nouvelles perspectives thérapeutiques pour les tumeurs hépatiques non résécables
Le pronostic des tumeurs hépatiques dépend entre autre du stade auquel elles sont diagnostiquées. Si leur taille et leur nombre sont limités, les traitements curatifs, résection chirurgicale (métastases sur un foie en bon état) et transplantation hépatique (foie cirrhotique), donnent d’excellents résultats, avec des taux de survie à 5 ans supérieurs à 70 %. Une autre approche à visée curative, la destruction percutanée par radiofréquence, pratiquée par les Radiolouges Interventionnels consiste à introduire une électrode au contact de la métastase, qui la détruit en chauffant. Cette technique donne aussi de bons résultats, quoique légèrement inférieurs à ceux de la chirurgie.
Mais lorsque les tumeurs ont un volume important, ou si elles sont disséminées dans le foie, ou encore que le patient est inopérable le recours à la chirurgie curative n’est pas possible. Les métastases des tumeurs colorectales répondent relativement bien à la chimiothérapie, et les traitements ont connu des progrès considérables. Mais les carcinomes hépatocellulaires sont résistants à la chimiothérapie, et la radiothérapie conventionnelle est exclue pour traiter les tumeurs hépatiques : le parenchyme hépatique normal est très sensible aux rayonnements ionisants ; il ne supporte pas des doses de plus de 30 grays, alors qu’il faut des doses supérieures à 60 grays pour tuer les cellules tumorales.
« Mais de nouvelles techniques permettent maintenant d’envisager ce type de traitement par radiothérapie pour les tumeurs intrahépatiques primitives ou secondaires » explique le Pr Julien Taïeb, service d’hépato-gastro-entérologie et d’oncologie digestive, hôpital européen Georges Pompidou, Paris. « L’irradiation externe conformationnelle
(radiothérapie par modulation d’intensité IRMT, cyberknife, tomothérapie), permet de concentrer le rayonnement sur la tumeur. Et avec la radiothérapie interne sélective, on dispose maintenant d’une stratégie de ciblage des tumeurs hépatiques, qui exploite le fait qu’elles ont une vascularisation très riche ».
Mis à jour le 06-05-2009, 14:22:44